La grande route et les fluides motorisés, 2005, 80 cm x 198 cm x 160 cm, médiums mixtes

Fly me to the moon, 2007, dimensions variables, médiums mixtes (détail)

ALEXIS LEPAGE

 

En utilisant des objets qui me sont disponibles, j'avance des conditions de tension psychologique construite à la façon d'un bricoleur. Par exemple, en situant le sujet (homme ou objet) dans une situation de stress tels l'examen dentaire ou le pipi au lit, je détourne le sens initial en l'associant à l'évocation de la grandeur du territoire: le lit est la mer, l'homme est pétrolier et la catastrophe anodine devient grandiose. Cette stratégie appliquée en sculpture me permet de manipuler la lecture des objets. Ce jeu de correspondance, établi à partir d'états mutants, de liens forcés et d'objets design contaminés, repose sur un déplacement de craintes et d'évènements familiers dans l'espace sculptural.

Mes sculptures sont des interfaces permettant de déplacer le regard d'une tension psychologique vers un espace physique tout autre. Cette manœuvre focalisant sur l'agrandissement du territoire que j'occupe (ou dans lequel j'interviens) pose la question de sa représentation c'est-à-dire, dans mon cas, l'élaboration d'une cosmographie subjective.

Si les objets mis en relation sont facilement reconnaissables et intelligibles, la narrativité des sculptures est énigmatique. De la déviation entre l'œuvre et le sujet original ressort un dialogue ludique à cheval entre une trame psychologique et physique. C'est cet entre-deux qui me permet de désamorcer les états limites et d'ouvrir une cosmographie où le ludisme permet la coexistence d'états incongrus et la compréhension de sens paradoxaux. Ces espaces construits sur des mesures incohérentes (par, entre autres, des basculements d'échelle) deviennent accessibles par la rêverie, lieu des possibles.

L'attribution d'une nouvelle nature à chacun de mes objets manipulés est hétéroclite. Si un ballon de basket est un atome, une taxonomie est sous-entendue, mais elle n'a pas d'assise logique autre que la ressemblance. Tous ces éléments juxtaposés fonctionnent à la façon de phrases visuelles. L'étrangeté de la lecture distrait le regardeur et permet le dialogue entre les tensions psychologiques et le physique, pour permettre un passage de l'environnement réel à l'incongru.

CV

Cosmographie et jeu atomique, 2009, 3,8 m x 2,5 m x 4,3 m, médiums mixtes

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